home  Lignes de fuites  Hors-série 2 - juin 2011
Edito

Flou

l’exigence de discernement se double d’une irrégularité des contours latence suspecte d’un liant neutre incommode déboussolant l’index suspendu par une indistinction du discours s’infiltre baisse le ton luminosité qui voudrait se penser à la surface troublée louche de régions en sourdine circule diffus brouillant l’évidence le déficit vient à l’image comme si dans l’enquête c’est tout le détail qui manque se perd par aplats d’ombre d’erreurs calmes des lignes suintent en taches informes s’essoufflent dans l’entre-deux toujours en train fatigué redoublé si des histoires se frôlent l’une l’autre contaminant de fluidités aérées les traces en fuite loin de circonscrire échappe à quoi tient

 Annick Dragoni, Marion Delecroix, Charlotte Serrus

Edito

Le 11 décembre 2009, lors d’une table ronde à l’Université de Provence en présence de Victor Stoichita (Professeur d’Histoire de l’art à Fribourg), le flou s’imposa à nous comme un objet fuyant qui, précisément parce qu’il faisait buter une pensée de l’évidence, offrait à l’art un terrain fertile. Par l’entremise de l’ombre, cette laissée-pour-compte des projecteurs théoriques - à laquelle l’ouvrage Brève histoire de l’ombre a rendu hommage - on entrevoit combien le trouble porté à la vision lui pose question en tant que telle, et exige par là des aménagements. Car si laisser le flou dans le vague aboutit à une simple fascination pour l’indéterminé, à trop vouloir le circonscrire, l’on manquerait pourtant son souffle. Aussi avons-nous pris le parti d’explorer au cas par cas les zones floues qui émanent des œuvres, tout en assouplissant la définition même du « définir » : d’une tache sans nuance, le voilà devenu un outil de débordement.
Ce numéro spécial de Lignes de fuite, davantage que d’éclaircir le flou, en propose des approches à partir de productions plastiques, littéraires et cinématographiques. Les analyses le parcourent dans un jeu d’échos : les origines de l’esthétique comme discipline chez Baumgarten et Leibniz, les sections troubles dans la peinture du Caravage, la réévaluation de l’ombre questionnée au cinéma, la complexité d’un dispositif vidéo de Jean Otth, certains cas de mystifications humoristiques, le neutre flottant de la non ponctuation littéraire.


Du même auteur : 
 4. Cerner, centrer, ombrer : les flous du sujet vidéographié
 1. Edito


Du même auteur : 
 3. Décapitations floues chez Caravage
 1. Edito
 1. Edito Hors-série 4. Michel Guérin : Pour-suite
 11. Lexique pour bâtir et situer une pensée : Dialogue entre François Méchain et d’anciens doctorants de Michel Guérin


Du même auteur : 
 6. Effets de flou en régions humoristiques : quelques pistes dignes d’alcool
 1. Edito
 8. Sur quelques symptômes relatifs à certaines formes de rendez-vous

L'unité réelle minima ce n'est ni le mot ni l'idée ou le concept, ni le signifiant, mais l'agencement. Claire & Gilles
© 2006 Lignes de Fuite - Mentions légales espace privé   -   crédits : www.antipole.fr