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Question de genres, Cinéma, Télévision, Arts plastiques
 Caroline Renard

Question de genres, Cinéma, Télévision, Arts plastiques


par Caroline Renard

(Mcf en études cinématographiques, Aix-Marseille Université)

Ce recueil d’articles constitue les actes d’une journée d’études qui s’est tenue à l’Université de Provence le 18 mai 2011. Cette journée était venue clore un séminaire de master sur les études de genre en cinéma (hiver 2011). Rattachées au domaine des études culturelles mais aussi à la sémiologie, à la psychanalyse, aux études littéraires et aux études filmiques, les gender studies sont un des champs les plus dynamiques de la pensée contemporaine. L’enjeu de ces rencontres a été de permettre d’entendre des points de vue variés et parfois discordants sur ce domaine d’études relativement peu abordé dans le champ universitaire français.

Les gender studies analysent les constructions sociales et culturelles des rapports et des identités de sexe. Dans le cadre de la recherche en esthétique, l’approche de ces problématiques questionne. Bien que les rapports sociaux de sexe traversent tous les domaines de la vie et de la pensée, les gender studies ont été objets de critique. Cette réalité du terrain de la recherche a motivé le choix des conférences. Comment intégrer les études de genre à des analyses d’œuvres en histoire des arts ? Peut-on s’en emparer du point de vue de la théorie esthétique ? Nous offrent-elles un véritable renouveau théorique et méthodologique ?

Si pendant le séminaire, les étudiants ont abordé le cadre historique et théorique du concept de genre, nous avons pu poser le cinéma comme "technologie de genre" (de Lauretis) et articuler les textes de Judith Butler ou de Gayle Rubin à certains extraits de films pour évoquer les liens qu’entretiennent les rapports sociaux de sexe avec d’autres rapports sociaux tels que la classe et la race. Les textes ici réunis prouvent qu’en tant que méthode analytique et critique, les études de genre permettent d’éclairer, en tous cas dans le domaine du cinéma et des arts, des lieux de résistance à la normalisation. Tous posent comme postulat commun l’importance des courants de pensées féministes dans les études sur l’art. Tous proposent des analyses d’œuvres qui repèrent les intersections entre les questions de genre, les questions formelles et les formes sociales symboliques.

Dans un premier temps, il s’agit de "penser le genre". Trois textes reviennent sur ce concept à partir de l’analyse de films précis. L’article de Pascal Génot sur le film de Jacques Audiard, Un prophète, aborde la fabrication de l’ethnicité régionale. Il s’intéresse plus particulièrement à l’articulation des questions de genre et d’identité ethniques (ici, l’identité corse). Caroline San Martin travaille les différents sens que l’on peut donner au mot « genre » dans la filmographie de David Cronenberg. Ceci la conduit à réfléchir à l’apport de la question des gender en esthétique. Enfin, le texte d’Eric Delmas expose les politiques queers à l’œuvre dans Baise-moi de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi.

Un second volet de ce recueil propose de penser l’art et le cinéma avec le féminisme. Stéphanie Jourdan Pontarollo étudie la manière dont le genre conditionne l’accès et la place des femmes dans le monde de l’art et, plus précisément, dans la scène artistique française. Noël Burch revient sur les enjeux idéologiques surgis lors de l’édition de son dernier ouvrage De la Beauté des latrines. Il expose la manière dont il souhaite briser les tabous du modernisme formaliste au profit d’un anti-élitisme féministe.

Enfin, les textes de Laura Mulvey et de Geneviève Sellier, tout en revisitant l’histoire de certaines notions fondamentales, considèrent l’implication de la réception des films. Il semble en effet nécessaire, plus de trente ans après sa rédaction, de revenir avec Laura Mulvey, sur son article fondateur "Plaisir visuel et cinéma narratif". Ce texte, qui est à l’origine de nombreuses réflexions sur la représentation des rapports de sexe et des rapports de domination au cinéma, a été amplement commenté, remis en cause et discuté d’un continent à l’autre. Comment utiliser le riche matériau théorique qu’il a suscité à l’époque du numérique ? Savoir si l’on peut articuler la question du genre avec celle de l’image digitale nous apparaît comme une problématique fondamentale aujourd’hui. Laura Mulvey interroge donc le rôle de la performativité de genre dans les pratiques de visionnement des films apparues avec les dernières technologies. Geneviève Sellier, quant à elle, travaille sur un corpus de films français d’après-guerre pour faire ressortir la dimension genrée et générationnelle de la réception critique. Elle souligne la tension idéologique qui sous-tend la configuration des normes sexuées entre les films du box-office et certains périodiques populaires.

Si les gender studies nous permettent de questionner la régulation, et ce, par un ensemble de normes, du domaine de l’apparence et du discours, nous sommes convaincus de la nécessité de considérer ce type d’approches en publiant ces textes qui prennent le temps d’analyser des œuvres et des pratiques spectatorielles.


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