home  Lignes de fuites  Lignes de fuite 06 - septembre 2013
Edito 6
 Caroline San Martin, Céline Saturnino

Edito 6

Le cinéma produit de la pensée, pensée visible, sensible, incarnée dans les images et les sons. Si nous revenons sur la note éditoriale qui inaugurait le premier numéro de Lignes de fuite, peut-être pourrions-nous aujourd’hui assurer que le cinéma peut aussi se définir comme une production de pensée, et ce, dans deux sens. C’est la pensée qui révèle sa dimension artistique. Mise en forme sensible du monde, le cinéma rend compte de visions singulières entendues comme les expressions d’intériorisations perceptives. Assertion revendiquée par Canudo reprise par Dulac, Epstein, Astruc ou Truffaut. Toutefois, cette production de pensée dans le film rend compte d’une rencontre d’un autre type : penser à travers le prisme du cinéma ; rappelant cette fois-ci les aventures d’André Bazin, Serge Daney, Gilles Deleuze, Alain Badiou, Jacques Rancière, Theresa de Lauretis ou encore Stanley Cavell, pour ne citer qu’eux, quand il s’agit d’articuler éthique et esthétique. Le cinéma pense autant qu’il se pense.
Ce numéro 6 rend compte de cette pensée audiovisuelle, qu’elle soit interne ou réflexive, présente dans des productions cinématographiques essayistes ou commerciales. Chaque article affirme cette posture et notre volonté de penser avec le cinéma autant qu’il se pense lui-même, que le genre cinématographique s’efface au même titre que le genre sexué comme dans Les Prédateurs, ou qu’une pensée naisse de film en film en déployant des formes narratives et formelles qui s’articulent avec une vision du monde, tels le cinéma expérimental de Gunvor Nelson ou celui, plus distribué, de Daren Aronofsky. La pensée du cinéma s’éprouve également par l’expérimentation, que ce soit à travers l’exploration de modes d’écriture particuliers, à l’instar du scénario des Abysses, ou encore par les migrations des films, qui quittent les salles obscures pour d’autres espaces de diffusion. Enfin, le cinéma s’interroge nécessairement comme un lieu de représentations d’une imagerie collective, de codes, de genres, comme c’est le cas par exemple chez John Ford ou Peter Jackson. L’important, nous semble-t-il, consiste à ce que nos réflexions confortent sa réflexivité.


Du même auteur : 
 A propos du Foucault de Gilles Deleuze
 Penser une signature au cinéma
 Surface, coprésence : circulations. The Pillow Book de Peter Greenaway
 Travailler aujourd’hui avec Gilles Deleuze
 1. Edito n°1
 2. Edito n°2
 1. Edito n°3
 5. Aller dans tous les sens, Naked Lunch de David Cronenberg
 1. Edito numéro 4
 2. L’anse insensée, Panic Room de David Fincher
 Publication LIGNES DE FUITE # 4
 1. Edito
 5. La Vie nouvelle, émergence et mutation des figures
 8. Rencontre avec Martin Provost autour de son film Séraphine
 5. Plus rien ne va de soi
 5. Quelques questions soulevées par une "Brève histoire"...
 3. David Cronenberg, la polysémie du genre




L'unité réelle minima ce n'est ni le mot ni l'idée ou le concept, ni le signifiant, mais l'agencement. Claire & Gilles
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