home  Lignes de fuites  Hors-série 4 - Janvier 2014
Edito Hors-série 4. Michel Guérin : Pour-suite
 Marion Delecroix, Pascal Krajewski

Michel Guérin, ou la pensée aiguillonnante

Philosopher, insiste Michel Guérin, c’est enseigner. Penser, c’est alors donner à penser. Ce nouveau numéro de Lignes de fuite invite à s’arrêter sur ce don du philosophe, non pas dans le registre du compte-rendu, cérémonieux et distancié, mais du prélèvement ou du réemploi. Il interroge des manières d’affiliation, en collectant des regards, des appropriations, des échos : comment cette pensée offerte se déploie dans d’autres contextes, dans d’autres lieux ? comment fait-elle son chemin ? où et comment poussent ses ramifications ? C’est par ponctions, par assemblages, par brigandages que l’analyste, l’historien, le plasticien, le philosophe, l’écrivain... travaillent aujourd’hui avec cet héritage ou à côté de son sillage. Se côtoient ici ceux à qui il a transmis par charge magistrale (étudiants, doctorants sous sa direction), par fréquentation intellectuelle (pairs, collègues de travail ou de pensée), ou par découverte impromptue (lecteurs, auditeurs).

Ce numéro offre un arrêt sur image, non pas sur une pensée si riche et complexe qu’un numéro unique ne saurait prétendre en faire le tour, mais sur un état actuel de son déploiement à travers des formes diverses d’héritages - du texte aux images en passant par le haïku.

La première partie du numéro rassemble des interventions qui révèlent l’expansion d’une pensée singulière, qui a su aussi pro-voquer des ré-emplois, des confrontations, comme des passages de témoin. Michel Guérin est philosophe : c’est dire notamment qu’il forge des concepts et déniche des figures, qui font moins système que constellation, qui se répondent et font chorus.
Fernando Rosa Dias ouvre le bal en explorant un poème de Kipling pour montrer comme l’art moderne sacre diaboliquement l’œuvre d’art. Norbet Hillaire offre un cheminement qui part d’un texte de Michel Guérin et en traverse d’autres, plastiques et philosophiques. Michel Motré apporte un éclairage sur l’Intérieur aux aubergines de Matisse, teinté des écrits de Michel Guérin sur l’espace. Walter Seitter retrace, à propos d’un texte méconnu de Klossowski, la généalogie d’une décision poïétique. José Quaresma interroge les postures du Futurisme, entre mythologie et décroyance. Et Jean Harambat a choisi le dessin pour illustrer, vingt ans après, l’intégralité d’un abécédaire que Michel consacra aux Trois mousquetaires.

La seconde partie fait la part belle à des approches plus formelles, où les rapprochements sont moins théoriques ou conceptuels que gestuels et méthodiques. Michel Guérin est un écrivain à la plume claire, exigeante, ciselée, brillante. Sa pensée est aussi une éthique de la langue : celle qui consiste à trouver la forme par laquelle une pensée peut sourdre, de ne pas consentir à la forme molle pour une pensée qui s’en voudrait autrement. Michel Guérin porte haut l’exigence du concept et de son expression, parce qu’il est peut-être son meilleur exemple d’une « pensée affectée », qui s’incarne dans un « geste » - d’écriture aussi, une façon d’y toucher, de mettre sur le métier. Une fête, qui est aussi une discipline - un vertige qui est tout de rigueur - une façon de se tenir, droit. C’est cette vertu, cette discipline plastique qui lie les interventions de la seconde partie du numéro.
Sarah Lallemand expose dans son haïku un choix, précis et ajusté, de mots ; certains sont de Michel Guérin, elle ne s’en cache pas, mais elle leur confère un écrin. Nicolas Pilard rappelle qu’une œuvre plastique est une pensée et que l’écriture est une pratique. Renaud Ego convoque un compagnonnage dans lequel s’exprime toute l’importance de la danse dans l’allant de la pensée. François Méchain, enfin, offre des photographies ; nous les avons accompagnées, pour ce numéro, de souvenirs des enseignements de Michel Guérin que nous avons eu la chance d’avoir comme directeur de thèse.


Du même auteur : 
 1. Edito
 3. Décapitations floues chez Caravage
 1. Edito
 11. Lexique pour bâtir et situer une pensée : Dialogue entre François Méchain et d’anciens doctorants de Michel Guérin


Du même auteur : 
 2. Les temps hyper-réels. Essai sur l’appareillage du temps
 11. Lexique pour bâtir et situer une pensée : Dialogue entre François Méchain et d’anciens doctorants de Michel Guérin

L'unité réelle minima ce n'est ni le mot ni l'idée ou le concept, ni le signifiant, mais l'agencement. Claire & Gilles
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