home  Lignes de fuites  Lignes de fuite 01 - Juin 2005
Edito n°1
 Caroline San Martin


Qu’est-ce que le cinéma ? Bazin posait déjà cette question qu’il laissait ouverte, nous la reprenons donc aujourd’hui. Cette interrogation en a apporté depuis, de nouvelles, qui nous animent. Mais plutôt qu’une définition c’est-à-dire tenter de figer le cinéma, de l’encadrer, de le cerner, nous nous intéresserons davantage aux nouvelles possibilités qu’il dévoile, plie et déplie. Que peut le cinéma ? Il nous semble alors pertinent de vivre et écrire le cinéma en termes de mouvement, de possible, de devenir. C’est pour cela que nous voulons regrouper une série de points de vue, de considérations théoriques, de positionnements esthétiques et éthiques qui s’accouplent ou se déchirent, qui s’opposent ou se rassemblent pour montrer la diversité tant dans la production que dans la réflexion que suscite cet art. Que peut le cinéma mais aussi que peut la recherche cinématographique ? Nous en sommes là, à vouloir briser les contours de notre base réflexive, ces contours fuyants, inaccessibles et pourtant qui se sont toujours affirmés dans une volonté de staticité, de fixité. Le cinéma reste rebelle à la définition car elle le priverait de tout mouvement : son élan vital. Alors nous proposons d’aborder les différences. La différence comme lien, comme vecteur de pensées, comme fil conducteur unificateur. La différence non plus comme vide mais comme trop-plein.Bref, la différence comme spécificité, comme affirmation de la singularité à l’intérieur de ce qui sépare.

Les lignes de fuite sont la pertinence même d’une réflexion. Elles sont ce qui glisse et échappe, ce que l’on effleure, le saisir insaisissable. Elles sont le mouvement. Saisir une pensée c’est aussi savoir dégager ce qui en échappe, car c’est en cela que le mouvement se perpétue. Les lignes de fuite soulignent cet éternel inassouvissement qui est la raison même de la recherche. Les pensées qui gravitent autour des études cinématographiques et audiovisuelles ne se contiennent pas sur un même axe, une même linéarité. Elles sont sans cesse, tout comme le cinéma, nourries de réflexions annexes. Que de portes s’ouvrent et se referment englobant leur fusion. Les approches, pour aborder cet art, se multiplient tout comme les créations qu’elles étudient. Tout se mêle et s’entremêle, tout se fond et se défait. Car c’est au bord de l’effondrement, sur les limites d’une discipline, dans le mélange des approches, que naît une fusion, riche de conjugaisons et d’entre-deux. Après tout il y a bel et bien des cinémas. Pourquoi alors ne pas considérer ces approches, en révéler leurs diversités et se laisser entraîner à notre tour par ses regards fuyants et vifs autour d’un art en perpétuel devenir ? C’est une véritable rencontre que nous voulons proposer, une confrontation d’approches et de pensées pour en dévoiler la richesse. Faire état de rencontres, comme autant de possibles. Enfin à travers ce qui lie affronter ce qui fuit.


Du même auteur : 
 A propos du Foucault de Gilles Deleuze
 Penser une signature au cinéma
 Surface, coprésence : circulations. The Pillow Book de Peter Greenaway
 Travailler aujourd’hui avec Gilles Deleuze
 2. Edito n°2
 1. Edito n°3
 5. Aller dans tous les sens, Naked Lunch de David Cronenberg
 1. Edito numéro 4
 2. L’anse insensée, Panic Room de David Fincher
 Publication LIGNES DE FUITE # 4
 1. Edito
 5. La Vie nouvelle, émergence et mutation des figures
 8. Rencontre avec Martin Provost autour de son film Séraphine
 5. Plus rien ne va de soi
 5. Quelques questions soulevées par une "Brève histoire"...
 3. David Cronenberg, la polysémie du genre
 1. Edito 6

L'unité réelle minima ce n'est ni le mot ni l'idée ou le concept, ni le signifiant, mais l'agencement. Claire & Gilles
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