home  Lignes de fuites  Lignes de fuite 02 - Juin 2006
Edito n°2
 Caroline San Martin

Nos réflexions sur les films se nourrissent de nos descriptions. Décrire une image consiste à en exposer les éléments et observer leurs agencements. Or, nous disait Godard, « décrire c’est observer des mutations ». Ces mutations poussent à remonter à des questions primitives, préconisait Nicole Brenez. Alors, en voici quelques unes.

Que se passe-t-il lorsque les balles sont appréhendées comme autant de conjonctions virtuelles ? Et que les corps, ces corps qui dévoilent des liaisons au-delà des connexions spatio-temporelles, n’ont de cesse de reposer la question de ce qu’ils peuvent ? Il semble que le cinéma s’appréhende non pas tant dans une décomposition mais dans une fragmentation. Chaque composant est un élément. En tant qu’élément, un corps, une balle, une lettre, un parcours, une peau, entre en rapport avec une matière, une couleur, une lumière... Une coprésence s’affirme dans l’image. Les matériaux peuvent dès lors se croiser et se rencontrer et les agencements se révèlent multiples... En s’arrachant à la totalisation et à l’organisation définie, stricte et définitive des états de choses, les éléments de composition de l’image apparaissent dans une littéralité qui bouleverse son organisation même. Alors, les parcours ne servent plus tant à se déplacer d’un point à un autre, l’écriture n’est plus un simple recours pour la contextualisation d’un récit, mais ils dévoilent des possibles - des tracés calligraphiques mettent en scène La Tempête, des repérages en vespa explorent des strates historiques. Ils redoublent et rejouent la complexité d’une action, d’un personnage, d’une liaison, du temps, de la pensée. Mais si l’image est en prise à de nouveaux liens, quels sont-ils ? Quelle serait la nature de ces lignes qui se tissent entre matières, formes et forces ? Elles seraient des lignes de fuite - déterritorialisations.

« Fuir, ce n’est pas du tout renoncer aux actions, rien de plus actif qu’une fuite. C’est le contraire de l’imaginaire. C’est aussi bien faire fuir, pas forcément les autres, mais faire fuir quelque chose, faire fuir un système comme on crève un tuyau...Fuir, c’est tracer une ligne, des lignes, toute une cartographie »[1].

[1] Gilles Deleuze et Claire Parnet, Dialogues, Flammarion, Paris, 1977, page 47.


Du même auteur : 
 A propos du Foucault de Gilles Deleuze
 Penser une signature au cinéma
 Surface, coprésence : circulations. The Pillow Book de Peter Greenaway
 Travailler aujourd’hui avec Gilles Deleuze
 1. Edito n°1
 1. Edito n°3
 5. Aller dans tous les sens, Naked Lunch de David Cronenberg
 1. Edito numéro 4
 2. L’anse insensée, Panic Room de David Fincher
 Publication LIGNES DE FUITE # 4
 1. Edito
 5. La Vie nouvelle, émergence et mutation des figures
 8. Rencontre avec Martin Provost autour de son film Séraphine
 5. Plus rien ne va de soi
 5. Quelques questions soulevées par une "Brève histoire"...
 3. David Cronenberg, la polysémie du genre
 1. Edito 6

L'unité réelle minima ce n'est ni le mot ni l'idée ou le concept, ni le signifiant, mais l'agencement. Claire & Gilles
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