home  Lignes de fuites  Lignes de fuite 01 - Juin 2005
Passages en envers : Campus et Cronenberg
 Guillaume Campeau-Dupras

La dépression comme l’entend Ehrenberg est à considérer avec son envers, l’addiction [1], tout comme l’action pathologique doit être vue à « deux faces », inhibition et impulsivité étant les résultantes du même problème [2]. « L’individu souverain » (ou le sujet contemporain de la société de la performance, l’homme qui veut être son propre créateur) est donc pris avec une pathologie en forme de Janus [3] , un quelque chose à l’intérieur qui est constamment réversible, et qui, d’un côté comme de l’autre, le mènera au même endroit, car si l’addiction et la dépression ou l’inhibition et l’impulsivité n’ont pas les mêmes caractéristiques et sont bien distinctes, elles renvoient le sujet dans les mêmes eaux, au cœur du même problème, soit son insuffisance à toujours performer, à être toujours plus productif. Non pas que ce sujet sera nécessairement atteint de dépression ou d’addiction, mais que tout cela le guette, que tout cela marque sa limite [4] . L’insuffisance est le (manque de) fond de l’individu souverain. « Avers et envers » et « principe de réversibilité » sont donc nécessaires pour comprendre la dépression. De même, art vidéo et cinéma ne sont-ils pas l’avers et l’envers de la même chose, deux médiums qu’on voudrait bien opposer - un, « art contemporain » et l’autre, « art de masse » - mais qui, au fond, se renvoient constamment la balle ? Nous élaborerons ici dans ce sens, en prenant une œuvre d’art vidéo, Three transitions de Peter Campus, pour éclairer un film, Videodrome de David Cronenberg. Il ne s’agit donc pas de mettre l’art vidéo contre le cinéma comme on l’a souvent fait, mais plutôt de les lier, de voir l’un à travers l’autre, de les considérer comme les deux faces de cet autre Janus qu’est, aujourd’hui, l’image audiovisuelle au sein d’un nouvel empire global. Nous proposons donc de voir à nouveau les problématiques de l’identité du sujet contemporain à l’heure du « tout est possible » et de voir comment elles s’articulent dans ces oeuvres au sein d’un discours entre la rupture de l’intersubjectivité, la réalité virtuelle et la biotechnologie postmoderne.




L'unité réelle minima ce n'est ni le mot ni l'idée ou le concept, ni le signifiant, mais l'agencement. Claire & Gilles
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